Grande-Bretagne Une charte contre la discrimination capillaire
En Grande-Bretagne, le sujet de la discrimination des cheveux "afro" mobilise. En décembre dernier, la multinationale Unilever, qui est l'un des plus gros employeurs du pays, s'est engagée contre la discrimination capillaire.
L'entreprise a signé une charte de bonnes pratiques assurant les employés noirs de leur liberté de se coiffer comme ils le souhaitent avec afros, dreadlocks, tresses ou perruques.
Une charte contre une discrimination invisible
La charte signée par Unilever s'appelle le Halo Code. Elle énonce que les cheveux afros font partie intégrante de l'identité raciale et culturelle des personnes noires, et qu'ils doivent être acceptés, sous n'importe quelle apparence.
Déjà 127 entreprises et 60 établissements scolaires ont signé ce Halo Code au Royaume-Uni. Et à l'origine, c'est un groupe de cinq lycéens qui ont inventé cette charte. Chacun d'entre eux a vécu une certaine forme de discrimination, comme Katiann, 16 ans:
"Les gens me dévisageaient, certains me disaient que j'avais les cheveux en désordre, que c'était la jungle (...) c'est un problème largement ignoré, notamment car les gens sont découragés de se battre, on est déjà lassés par les remarques, les exclusions. Beaucoup de noirs vont donc simplement se faire des tresses, ou bien se lisser les cheveux juste pour un entretien d'embauche, car ils savent que sinon ils ne seront pas jugés professionnels."
Une discrimination invisible, difficile à prouver, mais qui existe bel et bien - même si c'est contraire à la loi. Au Royaume-Uni, toute discrimination liée à la race est interdite. Et pourtant selon une récente étude, 93% des personnes noires se disent victimes de micro-agressions liées à leur apparence capillaire, notamment dans certains établissements scolaires.
L'école, grande source de discrimination
Les écoles ont souvent des règles strictes sur l'apparence physique. Ruby, une jeune collégienne de Londres a été renvoyée à plusieurs reprises à cause de sa coupe en 2017. Selon le règlement intérieur de son école, une coupe afro devait être "de taille raisonnable". Sa mère, Kate Williams, explique:
"Leur argument, c'était de dire que ses cheveux pourraient boucher la vue du tableau et du professeur aux autres élèves. Un professeur a même demandé à Ruby si elle avait pensé à lisser ses cheveux avec des produits chimiques. Je me suis mise vraiment en colère et je leur ai demandé: 'mais est-ce qu'on est retourné au temps de l'esclavage et personne ne m'aurait prévenue? Vous voulez que je prenne mes enfants dans le jardin et que je leur rase la tête?'"
Pour éviter d'être renvoyée systématiquement, Ruby finit par se faire faire des tresses, mais cela coûte cher et ça abîme ses cheveux.
À force de réprimandes à l'école, l'état émotionnel de Ruby se dégrade au point de ne plus aller en classe, sur les conseils du médecin de famille. Une période qui a traumatisé toute la famille:
"Elle est devenue très anxieuse, puis il y a eu des crises de panique, et elle a fait une dépression (...) Je la revois encore se regarder dans le miroir et dire 'mais qu'est ce que je peux faire? Comment ressembler à ce qu'ils attendent de moi?'"
La famille a poursuivi l'établissement et après 3 ans de bataille judiciaire, Ruby a obtenu 10.000 euros de dommages et intérêts et l'école a été forcée de modifier son règlement.
Un sujet que intéresse les syndicats
Dans un autre établissement londonien, un proviseur a lui carrément décidé de supprimer toute référence aux cheveux dans le règlement. Il a été choqué de voir à quel point certaines de ses élèves, y compris les plus brillantes et volontaires, se faisaient réprimander par les professeurs à cause de l'apparence de leurs cheveux afros. À l'époque, le règlement intérieur spécifiait que "les cheveux, quelle que soit leur nature, devaient être nets et en ordre":
"Les cheveux de type africains et les cheveux de type européens poussent de manière très différente. Si la personne qui décide de ce qui est 'net et en ordre' ne comprend la différence entre les deux alors c'est porter un jugement de valeur de blanc sur les cheveux (...) Si la société est encore raciste, les écoles le sont aussi."
En Grande-Bretagne, le monde de l'enseignement commence à évoluer sur le sujet: il y a quelques mois, fin 2020, les plus grands syndicats britanniques de professeurs se sont prononcés pour la fin de la discrimination capillaire à l'école.