Parlament européen Slovénie: Liberté de presse menacée
Au Parlement européen, ce mois de mars aura été marqué par l'arrivée d'un nouveau dossier sur la table des eurodéputés: celui-ci concerne la Slovénie, et plus précisément les menaces qui pèsent sur la liberté de la presse dans le pays.
Deux auditions sur ce sujet ont été organisées ce mois-ci par les eurodéputés - la première a eu lieu début mars, la seconde, vendredi dernier. Et toutes deux ont mis au jour une situation plus qu'inquiétante, révélant encore davantage la détérioration de l'État de droit dans l'Union.
Un nouveau scandale
Depuis son retour au pouvoir il y a un an, en Slovénie, le Premier ministre Janez Janša a déjà fait parler de lui plus d'une fois à Bruxelles. En affichant sur Twitter un soutien sans faille à Donald Trump, par exemple, ou encore en refusant que le versement des fonds européens soit lié au respect de l'État de droit.
Vendredi dernier, Janša a de nouveau créé le scandale, au Parlement européen cette fois. Il devait s'exprimer et répondre - par vidéoconférence - aux questions de quelques eurodéputés chargés d'enquêter sur les pressions que le gouvernement slovène est accusé d'exercer sur les médias. Mais l'audition a très rapidement tourné au fiasco - pour une simple histoire de vidéo.
Le Premier ministre est intervenu quelques minutes seulement, pour rassurer les eurodéputés, expliquer que son gouvernement était irréprochable, victime de fausses accusations, et qu'il leur suffirait de venir en Slovénie pour s'en rendre compte par eux-mêmes.
Il a ensuite exigé que soit projetée une vidéo, créée par ses services, intitulée "Qui menace vraiment les médias et la démocratie en Slovénie?".
Problème: la vidéo en question aurait été envoyée au tout dernier moment au Parlement européen.
Pressions systématiques
Avant même que Janez Janša prenne la parole, l'eurodéputée Sophie in 't Veld lui a donc signalé que la vidéo ne pourrait pas être diffusée en direct, pour des raisons techniques. Le Premier ministre s'est tout de suite braqué, criant à la censure. Et le ton entre Mme in't Veld et lui est rapidement monté.
La discussion a tourné en rond une dizaine de minutes, avant que Janša, se déconnecte définitivement, quittant la réunion sans même avoir pris le temps d'écouter les questions qui lui étaient adressées. Son ministre de la Culture, censé prendre la parole après lui, ne s'est pas présenté.
Avant Janša, les eurodéputés avaient auditionné des citoyens, journalistes et militants slovènes racontant les pressions systémiques subies par les journalistes, l'apparition de nouveaux médias pro-gouvernementaux ou encore la suspension de subventions qui garantissaient une information indépendante.
Mélange d'intérêts
Le journaliste d'investigation slovène Lenart Kučić a enquêté sur le paysage médiatique de son pays et détaillé aux eurodéputés les principaux problèmes identifiés: aucun contrôle sur la manière dont l'argent public peut être utilisé, pas de transparence sur la propriété des médias et pression des médias privés et les entreprises sur les journalistes, s'ils veulent couvrir les intérêts commerciaux des propriétaires de ces médias.
Ce qui est particulièrement problématique, précise-t-il, car ces propriétaires ont aussi des intérêts dans des secteurs fortement dépendant des financements publics. Autres grands problèmes: l'un des partis politiques au pouvoir possède tout un système de médias parallèles privés et la mise en place de tout un système, qui mêle les politiques, les médias de leurs partis et d'importants moyens d'action sur les réseaux sociaux.
Quelques personnalités proches du gouvernement ont pu être entendues lors de ces auditions. Elles soutiennent principalement que le problème vient de l'extrême gauche, qui refuse à la droite toute possibilité d'exister et de gouverner.
C'est à ce gouvernement, et à Janez Janša, que reviendra le premier juillet prochain la présidence tournante du Conseil de l'Union européenne. Toutes les négociations qui se tiendront entre Etats membres à Bruxelles seront menées et présidées par la Slovénie. Et ce, pendant 6 mois.
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