Il a fallu 24 heures. 24 heures entre la prise de fonction de la secrétaire d'état à l'agriculture et sa démission. Un record absolu et la 13e sortie du gouvernement socialiste en moins d'un an. Les révélations de la presse portugaise ont été fatales à Carla Alves dont les comptes bancaires sous surveillance judicaire en raison d'une enquête sur son mari pour corruption et fraude.
L'ex secrétaire d'état n'est pas concernée directement par cette enquête, mais il est difficile de penser qu'elle ignorait les mouvements conséquents d'argent sur le compte bancaire commun de son couple. Une démission en temps record, qui a fait suite en quelques jours à celle de l'ancien ministre des infrastructures, Pedro Nuno Santos et de ses deux secrétaires d'état.
Affaires, corruption, départs
Le responsable avait jeté l'éponge après des révélations médiatiques su l'indemnisation princière que la secrétaire d'état au trésor avait reçu de la compagnie aérienne TAP lorsqu'elle en était sortie pour intégrer ensuite le gouvernement. TAP dont l'ex ministre avait la tutelle. Les départs en cascade et les refontes gouvernementales en cascade presque tragi-comiques, fragilisent le gouvernement du socialiste Antonio Costa.
Il n'y a jamais eu autant d'instabilité au sein d'un gouvernement qui dispose depuis un an d'une majorité absolue inédite. Les affaires de passe droit, favoritisme, soupçons judicaires s'enchainent et donnent l'impression d'un gouvernement extrêmement brouillon, en roue libre, comme si le chef du gouvernement ne savait pas s'entourer. C'est d'autant plus curieux que d'apparence, ce gouvernement est serein.
Situation tense
La ministre de l'agriculture affirme qu'elle ignorait tout de la situation de son ex-secrétaire d'état et Costa lui donne raison alors que l'opposition estime qu'elle doit elle aussi partir. Le président de la république qui a le pouvoir de dissoudre l'assemblée a clairement dit qu'il ne céderait pas aux clameurs d'appels à la fin du gouvernement Costa. Mais Marcelo Rebelo de Sousa a montré des signes d'agacements, et réclame de la rigueur alors que l'opinion publique s'interroge sur le maintien de Costa au pouvoir et évoque l'agonie du gouvernement socialiste.
De son côté le premier ministre tente de rassurer en évoquant la création d'un canal spécifique de communication avec la présidence afin d'améliorer le recrutement gouvernemental. Quant aux députés socialistes, ils sont furieux au point d'échanger des injures, principalement en raison de la mauvaise image de marque que donne le gouvernement. Un amateurisme qui tranche avec la réputation d'habilité politique de Costa. La tension est palpable et le président, le centriste Marcelo pourra sonner la fin de la récréation au moment opportun.